Jennifer Ceres : “Les femmes travaillent plus que les hommes“

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Présentatrice télé et Directrice d’Ava (Agence pour la Valorisation de l’Agriculture), Jennifer Ceres ne passe pas inaperçue. Chaque dimanche en quinze, son joli minois nous propose l’émission «Brave paysan», sur RTI 1.

 

Un bon brin de femme qui surprend par ses choix et son travail acharné.

Avare en interviews, elle s’est prêtée de manière surprenante à toutes nos questions pour un entretien riche en leçons et en expériences.

Son teint clair métissé (son père est italien et sa mère ivoirienne), sa plastique, son éloquence auraient pu faire de Jennifer Ceres une présentatrice d’émission de mode ou de beauté. Elle aurait même pu être une miss.

Mais, non !

Jennifer Ceres a surpris tout le monde en se mettant dans la peau d’une… paysanne. Les téléspectateurs ivoiriens l’ont donc découverte sur le petit écran par le biais de l’émission ‘’Brave Paysan’’, diffusée sur RTI 1, à 14h 30minutes tous les dimanches en quinze.

Forêt, machettes, dabas, bottes et autres font partie de son univers. Un univers qui rebute bien des femmes modernes, mais avec son émission qui sort de l’ordinaire, Jennifer fait son trou par le biais d’AVA, son agence pour la valorisation de l’agriculture qui existe depuis six ans.

Passionnée de faune et de flore, elle a tout fait pour réaliser son rêve.

Après avoir obtenu un bac D, elle a fait différentes formations dans le domaine de la communication et de la production audiovisuelle. Des stages en Côte d’Ivoire et en Europe lui ont ensuite permis de se perfectionner avant qu’elle ne se décide à créer sa structure de valorisation et de promotion de l’agriculture et de monter une émission télé propre à elle. «Mon objectif, ce n’était pas de travailler pour quelqu’un, mais plutôt de monter ma propre structure afin de travailler avec d’autres personnes, leur communiquer mon savoir-faire toujours, dans l’objectif de l’économie verte»,dit-elle.

En marge de cette émission télé, elle prépare aussi la 5ème édition de la journée nationale de la valorisation de l’agriculture qui se tiendra du 30 juillet au 1er août à Daoukro.

«Nous avons un espoir pour l’avenir du paysan, qui a désormais un statut social. Il y a des banques qui n’hésitent pas à accorder des crédits à des jeunes pour le démarrage de leurs projets. Beaucoup reste à faire, mais nous sommes sur la bonne voie».

Directrice, présentatrice télé, organisatrice d’événement, mère de deux enfants et femme au foyer, c’est tout un programme qui vous attend avec «Jenni» dans cet entretien.

• Au temps du Président  feu Félix Houphouët Boigny, on entendait parler du paysan, mais rarement de la paysanne…

- Oui, c’est vrai,  on a toujours mis en fait les choses au masculin, mais vous devez savoir que contrairement à ce qu’on peut penser ou voir, les femmes travaillent plus que les hommes dans le domaine agricole.

Ce sont les femmes qui souffrent le plus dans les travaux champêtres, qui défrichent la terre, portent les récoltes…Elles sont au four et au moulin.

Selon moi, le travail de laboureur est dédié à la femme. (Elle montre sa Bible). Quand vous lisez la Sainte Bible, dans le livre de Genèse, vous verrez que le premier métier, c’est de cultiver la terre pour se nourrir. Et la femme réussit mieux ce travail qui lui a été confié.  Le métier de l’agriculture est noble et tranquille.

C’est la raison pour laquelle, je suis devenue l’avocate du monde paysan.

• Depuis la défunte coupe nationale du progrès initiée par feu Félix Houphouët Boigny, il n’y avait pratiquement plus ce genre d’initiatives et en plus, venant d’une femme…

- Vous savez, la faune et la flore, c’est une histoire d’amour pour moi. Il faut être passionné de ce genre de choses pour mener le bon combat. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir mis sur pied l’Agence pour la valorisation de l’agriculture (AVA) qui existe depuis 2008.

Lorsque vous arrivez aux USA, et que vous voyez des cabosses de cacao, il y a un sentiment de fierté d’être ivoirien qui t’anime parce que la Côte d’Ivoire est comptée parmi les trois plus grands pays producteurs dans le monde. Donc, il est important de célébrer ces agriculteurs qui jouent un rôle très important dans l’économie ivoirienne, ce qui encouragera la nouvelle génération à assurer la relève.

L’on se souvient que c’est la coupe nationale du progrès, qui  a révélé Sansan Kouao et bien d’autres agriculteurs. Et parfois, on les voyait en train de dîner avec un Président de la république. Cela a motivé plusieurs fonctionnaires et cadres à faire un retour à la terre. Malheureusement, après le décès du Président Houphouët, les cérémonies d’hommages ont aussi disparu.Ce qui n’est pas normal. Pour mon expérience acquise dans les pays développés, ce n’est pas seulement les hommes politiques qui doivent prendre des initiatives.

 

- Tout citoyen lambda peut décider de changer la donne. Ce sont les initiatives personnelles qui rendent  plus fort le secteur privé dans un pays. Malheureusement en Afrique tout est focalisé sur les politiques. Ce n’est pas normal, parce qu’on ne peut pas être épanoui tant que notre avis ne compte pas dans les décisions du pays. L’Agence pour la valorisation de l’agriculture (AVA) est juridiquement constituée en association. Parce qu’en Europe, les mouvements forts ne sont pas des SARL. Si vous voulez défendre une cause, et dire non à une situation pour qu’on rétablisse l’ordre, il faut vous mettre en association pour avoir le droit de parler au Président de la république, et dire non aux décideurs si leur politique n’arrange pas un secteur d’activité donné. Donc, en tant que Président d’AVA, je peux parler.

• Les paysans sont-ils satisfaits ?

- Le retour est bon. Je reçois des remerciements des paysans, qui disent être respectés lorsqu’ils se présentent désormais dans un bureau, ce qui n’était pas souvent le cas.

Vous savez, on a toujours vu le mot paysan de manière péjorative. Mais le paysan n’est pas un sauvage, un sous-homme, un “gaou” (rires). Prenez votre dictionnaire et vous verrez combien de fois il a de la valeur pour un pays. Et pour la Côte d’Ivoire, avoir des paysans est la meilleure chose qui nous soit arrivée.

J’ai trouvé injuste que ceux qui nous nourrissent ne soient pas honorés.

Ces personnes qui ont décidé de rester au village pour se consacrer à l’agriculture, sont importantes. Si aujourd’hui, on construit des ponts, des autoroutes, c’est grâce à l’argent de l’agriculture. Donc, on doit leur accorder du temps au moins une fois dans l’année, pour les célébrer. Et préparer aussi la relève avec une nouvelle génération. Comme l’Etat ne peut pas tout faire, il faut que le secteur privé prenne des initiatives. Alors très motivée à rétablir les choses, j’ai mis sur pied l’Agence pour la valorisation de l’agriculture (AVA), qui existe depuis 2008.

• Parlons de votre émission à présent… C’est un risque que vous avez pris…

- Et pourquoi ?

• Parce que le téléspectateur a envie de se détendre, de s’amuser en regardant la télé, et vous, vous venez avec un thème d’émission trop sérieux…pas évident, qui peut rebuter les jeunes et les moins jeunes…

- (rires) Franchement, cela n’a pas été facile pour la diffusion  de l’émission ‘’Brave paysan’’. J’ai été confrontée au départ à plusieurs refus de la direction des programmes de la RTI, qui avait du mal à accepter cette production télévisée et à trouver une heure dans sa grille des programmes pour la diffusion. Dès fois, on me disait d’aller réfléchir sur une production télé autre que ‘’Brave paysan’’ sous prétexte qu’elle allait dénaturer le contenu des programmes. Parce que les gens ont l’habitude de voir des émissions de mode et autres.

Mais, je croyais en ce projet et j’y tenais. Je n’ai pas les moyens pour distribuer de l’argent à chaque paysan. La meilleure manière de les présenter, c’est de montrer leurs problèmes sur la place publique. Alors, j’ai bravé toutes les étapes pour faire accepter l’émission.

• Entre autres ?

- Payer durant plus d’un an la télé pour que l’émission soit diffusée. C’est une production privée, un prêt à diffuser que je voulais imposer et je n’ai pas eu tort de croire en mon rêve.

Aujourd’hui, j’ai un public, les gens sont intéressés par les sujets proposés et c’est tant mieux. Je me réjouis de voir des jeunes qui n’ont plus de complexe  du retour à la terre.

Après chaque diffusion, nous avons des réactions des quatre coins du monde, pour des soutiens aux différentes coopératives. Egalement, grâce à cette émission, il y a eu le reprofilage de nombreuses routes. Parce que ce qu’on ne dit pas, c’est qu’il y a de nombreuses difficultés sur le terrain. Les routes sont impraticables et des zones entières difficiles d’accès, les populations de l’intérieur ont aussi des problèmes, comme l’insuffisance des denrées alimentaires…

• Comment ça ?

- Parfois, je suis obligée de faire des dons aux habitants des localités où on tourne. Parce que la famine est réelle à l’intérieur du pays. Très souvent, quand on quitte Abidjan, on paye de la nourriture pour l’envoyer au village, ce qui n’est pas normal. Ça devait être le contraire.

Il faut que les choses changent. Nous devons savoir que notre première richesse, c’est la terre que Dieu nous a donnée. Et même le Président feu Félix Houphouët Boigny, l’a toujours dit dans ses discours à l’étranger, qu’il est un paysan et que c’est grâce à l’agriculture que la Côte d’Ivoire s’est développée.

Je vous raconte cet anecdote d’un professeur en Allemagne qui m’a dit : «Quand Dieu créait le monde, c’est en Côte d’Ivoire que son panier de fruit a explosé. Et tout est resté chez nous». Je pense que ce dernier a dit vrai parce qu’au cours de mes voyages en Asie, Australie, Afrique du Sud, j’ai vu combien de fois la Côte d’Ivoire a des potentialités. Normalement, personne ne devrait avoir faim de ce pays. Mais, si cela arrive, peut-être, c’est un problème de stratégie qui doit être revu afin que chacun soit à l’aise.

• Outre ‘’Brave paysan ‘’ vous êtes aussi sur l’émission ‘’Devine qui vient dîner’’ de RTI2 ?

- Oui, c’est une suite logique, je passe de la dada à la cuillère (Rires). Comme pour dire qu’on peut présenter une émission agricole et se retrouver sur un plateau bien garni.

• Quel est le plat culinaire dans lequel vous excellez le plus ?

- Je ne m’engage pas dans quelque chose que je ne sais pas faire. Renseignez-vous, je sais tout faire. (rire) Et j’aime faire la cuisine.D’ailleurs, vous ne pouvez pas parler d’agriculture, sans pouvoir offrir les meilleurs plats.Mes preuves sont dans l’émission ‘’Devine qui vient dîner”.

• Votre simplicité est-elle naturelle ou c’est juste pour les besoins de votre émission ?

- Je dirai que je me préfère simple. Je n’aime pas trop les maquillages parce que je n’ai pas assez de temps pour le faire. Sinon, quand je me maquille, c’est que je suis énervée. (Rire) Autre chose, lorsque la population nous voit dans nos différents reportages dans les villages, elles sont déjà émues et veulent nous approcher. Pour les mettre à l’aise, je crois qu’il faut être le plus naturel possible et ne pas en rajouter avec le maquillage à outrance. De toutes les façons,  je ne le trouve pas important.

• Quelle est la tenue idéale pour aller au champ quand on est une femme ?

- Déjà, il faut porter des bottes. Mais, la plupart des femmes portent des sandales ici, ce qui n’est pas vraiment recommandé. C’est la raison pour laquelle je me bats aussi à ce niveau pour leur fournir les accessoires vestimentaires adéquats. Comme tenue vestimentaire, pour une femme qui va au champ, il n’y a pas d’exigence, mais pour être relaxe, un pantalon avec un haut serait l’idéal, contrairement au pagne qu’on attache.

• Y a-t-il une habitude, un fait qui vous chagrine un petit peu en Côte d’Ivoire ou en Afrique ?

 

- Oui…En Corée ou en Chine, les gens se relaient dans le travail de jour comme de nuit.  Pourquoi en Afrique, on ne peut pas suivre l’exemple de ces pays, qui sont cités comme des modèles. Je ne crois pas que nous sommes paresseux de nature. Il s’agit  tout juste de revoir  l’éducation, la base.

 

Par Stéphie Joyce et Charly Légende

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